LE DEBAT SUR LE CARE : est on en train de réinventer l’eau tiède ?

Dans le cadre de sa stratégie d’exploration des problèmes que rencontrent notre pays et notre société, le cercle Les Sarments s’est penché le 21 septembre dernier sur la protection sociale, à partir de la récente polémique qui est apparue sur le thème du « care ». Le care, en français soin, attention, c’est la recherche du traitement des problèmes sociaux (ou d’une partie des problèmes sociaux) par des prestations humaines personnalisées fondées sur la relation entre les  personnes. 

Ces concepts, venus des Etats-Unis, ont intéressé de nombreux sociologues, philosophes et politiques sur l’ensemble de l’échiquier politique français. Martine AUBRY pour stigmatiser la société actuelle qu’elle juge trop libérale, a souhaité  que la nouvelle société qu’elle préconise soit une « société du care ». Nunucherie  supplémentaire, comme cela a été affirmé dans ses rangs, excès de langage, ou intuition sur une évolution de la société ?

Dans un cercle à orientation  spirituelle où la relation à autrui et la solidarité constituent des fondamentaux, il peut paraître surprenant d’estimer novateur un débat sur ce thème du soin.

C’est ce paradoxe  que les orateurs présents, Jean Baptiste de FOUCAULD, Jean-Guilhem XERRI et Alain JOUBERT ont tous les trois repris : le care ne guérira pas notre société, l’exclusion n’est pas un phénomène récent, 30 ans de crise économique et sociale ont montré la capacité de résistance des nouvelles formes d’exclusion sociale.

Pourtant, au-delà de l’analyse de l’intérêt des débats sur le care, cette conférence a permis d’avancer concrètement sur trois thématiques qui seront au cœur des débats de demain :

  • Les aidants doivent être mieux considérés dans la société de demain, qu’ils soient professionnels ou bénévoles. Ils doivent être mieux organisés pour être plus efficaces ;
  • Une politique de soin peut permettre à ceux qui sont en situation d’exclusion, de dépendance, de demande de soin, de vivre de manière moins anxiogène. Mais il serait dangereux de miser sur une société du « care », parce que cela n’a pas de sens. Notre société est faite aussi pour le développement,  l’initiative.

Il faut donc cibler la place du care.

  • Le care ne peut être un moyen détourné de remplacer des prestations financières par des bonnes paroles où des solidarités de voisinage.  Mais le succès de cette réflexion sur le  care est bien la conséquence des échecs de l’Etat Providence, des méthodes trop souvent autoritaires, impersonnelles et déshumanisées d’aide sociale. Vingt ans après la création du RMI, le Revenu de Solidarité Active n’a pas fondamentalement changé les choses, quelles que soient les intentions de ses créateurs.

Il faut vraiment réformer notre Etat Providence dans une société qui en a besoin.

Sur ces questions là, le Sarment approfondira la réflexion au cours des prochains mois avec tous ceux qui le souhaiteront. Vous pouvez d’ores et déjà nous faire part de vos réactions sur ce débat.

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Pour approfondir la question :

quelques lectures :

Revue Esprit (juillet – août 2010) : plusieurs articles sur le « care » et le soin

La Care Revolution : L’homme au cœur de la révolution mondiale (Martin VIAL – Claude TENDIL – 2008) Editions Nouveaux Débats Public

L’ère du care – Catherine HALPERN (Revue Sciences Humaines)

ŸMichel SCHNEIDER (Big Mother  – Odile Jacob, 2002)

ŸQu’est-ce que le care ? (Pascal MOLINIER, Sandra LAUGIER et Patricia PAPERMAN) – Editions Payot et Rivages (2010)

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  1. Le mot « care » a gardé, en anglais, un sens beaucoup plus proche de l’original latin « Caritas » (lui-même traduction du grec « Agape ») qui est le grand mot de l’amour du prochain dans l’évangile (« Aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés). Ce mot désigne clairement l’amour- attention-aux-autres, dépossession-de-soi pour que l’autre vive. Le modèle absolu est donné par le don de sa vie que Jésus fait sur la croix « pour que nous ayons la Vie ».
    En français, nous avons le mot « amour » qui recouvre beaucoup de sens très différents (amour passion, satisfaction des désirs de possession, attirance (pour un métier, le chocolat), amour don-de-soi…) et le mot « charité » qui a pris un côté un peu condescendant.
    Introduire « Care-Caritas » comme un concept politique me semble très pertinent car cette notion implique une conversion individuelle et en même temps une organisation des corps intermédiaires et de la gouvernance globale qui au moins ne l’entrave pas et si possible l’encourage et la favorise. C’est un contrepoids puissant à la fois à la toute-puissance de l’argent et à celle de l’Etat providence qui remet l’homme, sa dignité et sa responsabilité, au coeur de l’action politique. En même temps, ce concept oriente la liberté humaine dans le sens du don de soi qui est une des plus hautes vocations de l’homme.